
La pression politique s’accentue à Washington sur le dossier sécuritaire de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Quatre sénateurs américains ont officiellement interpellé le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, à travers une lettre datée du 25 juin 2026, dans laquelle ils demandent à l’administration américaine de renforcer son action diplomatique contre le Rwanda, accusé de continuer à soutenir la rébellion du M23 malgré les engagements pris dans le cadre des Washington Accords.
Dans cette correspondance, les sénateurs Tim Kaine, Cory Booker, Chris Van Hollen et Peter Welch expriment leur profonde inquiétude face à la détérioration persistante de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, plusieurs mois après la signature des accords de Washington en décembre 2025, censés ouvrir la voie à une désescalade du conflit.
Des accords de paix remis en cause
Les élus américains estiment que les événements survenus depuis la signature des Washington Accords démontrent que les objectifs de paix sont loin d’avoir été atteints. Selon eux, les affrontements se sont intensifiés presque immédiatement après la cérémonie de signature.
Ils rappellent notamment que les rebelles du M23, que les États-Unis considèrent comme bénéficiant du soutien du Rwanda, ont poursuivi leur progression dans le Sud-Kivu avant de prendre le contrôle de la ville stratégique d’Uvira. Ces offensives auraient provoqué d’importantes pertes civiles, des destructions considérables ainsi qu’une aggravation de la crise humanitaire.
Les sénateurs soulignent également que les autorités congolaises avaient rapporté, dès janvier 2026, qu’environ 1 500 civils avaient perdu la vie lors des opérations menées à la fin de l’année 2025. Les agences des Nations unies avaient, pour leur part, estimé que les combats avaient entraîné le déplacement de plus d’un demi-million de personnes et provoqué la fuite de plus de 100 000 réfugiés congolais vers le Burundi.
Les sanctions américaines jugées insuffisantes
Dans leur lettre, les parlementaires rappellent que l’administration américaine avait déjà pris des mesures fortes en mars 2026, notamment par l’imposition de sanctions contre les Forces de défense rwandaises (RDF) ainsi que contre plusieurs hauts responsables militaires rwandais accusés d’avoir fourni un « soutien opérationnel direct » au M23.
Washington avait également imposé des restrictions de visas à plusieurs responsables rwandais impliqués dans ce que le Département d’État avait qualifié d’« alimentation de l’instabilité » dans l’est de la RDC.
Pour les sénateurs, ces sanctions démontrent que la communauté internationale reconnaît la responsabilité du Rwanda dans la poursuite du conflit. Toutefois, ils estiment qu’elles doivent s’inscrire dans une stratégie diplomatique plus ferme et plus durable afin d’obtenir des résultats concrets sur le terrain.
Ne pas relâcher la pression sur Kigali
Les quatre élus mettent en garde contre toute présentation prématurée de la situation comme étant résolue. Selon eux, considérer le conflit comme terminé risquerait de réduire les efforts diplomatiques alors que les violences continuent dans plusieurs localités de l’est du pays.
Ils demandent ainsi au Département d’État américain de fournir une évaluation détaillée sur plusieurs points essentiels :
- le niveau de respect des Washington Accords par les différentes parties ;
- le retrait effectif des forces rwandaises du territoire congolais ;
- le suivi des engagements pris dans le cadre des accords ;
- les mesures diplomatiques, économiques et de redevabilité envisagées contre les auteurs des violences ;
- les actions destinées à renforcer la protection des populations civiles ;
- l’accès humanitaire dans les zones affectées ;
- l’implication des organisations congolaises de la société civile dans le processus de paix ;
- ainsi que le rôle de la MONUSCO et des programmes américains de coopération dans la stabilisation de la région.
Les sénateurs souhaitent également connaître les engagements pris par les États-Unis concernant la coopération économique avec la RDC, notamment dans le domaine des minerais stratégiques, afin que cette coopération ne compromette pas les objectifs de sécurité et de protection des populations civiles.
Une mobilisation croissante du Congrès américain
Cette initiative parlementaire illustre une volonté de plus en plus affirmée au sein du Congrès américain de maintenir une pression constante sur Kigali afin d’obtenir la cessation des hostilités et le respect des engagements internationaux.
En sollicitant des réponses précises de l’administration américaine, les sénateurs cherchent à s’assurer que les États-Unis poursuivent une politique active en faveur de la souveraineté de la République démocratique du Congo, du retrait des forces étrangères présentes sur son territoire et de la protection des millions de civils affectés par un conflit qui demeure l’une des plus graves crises humanitaires du continent africain.
Cette nouvelle démarche intervient alors que les attentes restent fortes quant à l’application effective des Washington Accords et à la mise en œuvre de mesures capables de conduire à une désescalade durable dans l’est de la RDC.



