
À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, les deux principales confessions religieuses du pays mettent en garde contre les discours de haine et les divisions. Un appel solennel qui résonne alors qu’un bras de fer semble opposer les Églises au pouvoir sur les modalités d’un futur dialogue national.
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » C’est par cette citation de l’Évangile selon saint Matthieu (5, 9) que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont choisi d’introduire leur message conjoint à la Nation, publié le 30 juin 2026 . Ce faisant, elles n’ont pas seulement célébré le 66e anniversaire de l’accession du pays à l’indépendance ; elles ont lancé un avertissement prophétique face à ce qu’elles perçoivent comme un « danger » imminent : la substitution de la parole par les armes et de la fraternité par la haine.
Un constat alarmant sur la cohésion nationale
Le texte, d’une gravité rare, dresse un tableau sombre de la situation actuelle de la République démocratique du Congo. Les deux institutions religieuses, historiquement des médiatrices et des voix de la société civile, déplorent la « multiplication des discours de haine, des messages d’exclusion et des paroles de division » . Elles observent avec consternation l’installation d’un « climat de suspicion » entre citoyens, communautés et acteurs politiques, alors même que le salut du pays exige confiance et cohésion .
Cet appel trouve un écho particulier dans le contexte de l’Est du pays, en proie à une insécurité chronique et à des conflits armés qui fragmentent le tissu social. Pour la CENCO et l’ECC, les blessures actuelles risquent de devenir des « fractures irréparables de demain » si un sursaut n’est pas opéré. « Tout n’est pas complètement perdu. Le Congo peut encore guérir de ses blessures », affirment-elles avec une lueur d’espoir, invitant à un retour à la raison et à la recherche de l’intérêt supérieur de la Nation .
Un dialogue inclusif comme « table de vérité »
Face à ce constat, l’appel est clair : il est temps de s’asseoir autour d’un « arbre à palabre » pour un dialogue sincère, inclusif et républicain . Les Églises insistent sur la nature de cette concertation : il ne s’agit pas d’un simple partage du « gâteau » ou d’un exercice visant à satisfaire des agendas cachés, mais bien d’une « table de vérité et de réconciliation » pour le salut holistique de la Nation .
Cet appel intervient dans un climat de fortes tensions entre les confessions religieuses et le pouvoir de Félix Tshisekedi. Alors que le Président a fixé des « lignes rouges » pour un dialogue qu’il souhaite encadré et organisé par les institutions, la CENCO et l’ECC plaident pour une inclusivité totale, n’excluant a priori aucun acteur, même ceux considérés comme belligérants, afin de ne pas « diluer les responsabilités établies » . Le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, a ainsi averti que sans une réelle inclusivité, la réunification du pays, un temps hors du contrôle de l’État, restera un vœu pieux .
Le moment du « sursaut de responsabilité »
Le message du 30 juin se veut une main tendue, un ultime appel à la sagesse avant que les événements ne forcent les Congolais à apprendre dans la douleur . La conclusion du texte est un vibrant plaidoyer pour l’unité : « Sauvegardons notre Nation ensemble. Préservons notre patrie ensemble. Reconstruisons notre Pays ensemble » .
Pour la CENCO et l’ECC, ce 66e anniversaire ne doit pas être un jour « de plus », mais le point de départ d’un « sursaut national » pour une paix durable. Un message de paix qui, au-delà du discours, appelle à un acte de foi en l’avenir du Congo, en dépit des vents contraires.


