
Le procès impliquant l’ancien coordonnateur du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO), Bolukola Chanҫard, a pris une tournure préoccupante devant la juridiction compétente, avec la révélation de transactions financières suspectes vers des sociétés aujourd’hui introuvables.
Des entreprises sans traces légales ni physiques
Au cœur des débats, un montant estimé à 2,7 millions de dollars américains aurait été versé à deux sociétés de construction censées exécuter des travaux dans le cadre des activités du FRIVAO. Toutefois, les investigations présentées à l’audience indiquent que ces entreprises ne disposent d’aucune existence vérifiable.
Selon les éléments évoqués à la barre :
- Les adresses fournies par le prévenu sont inexistantes ;
- Les dirigeants des sociétés restent introuvables ;
- Aucune activité concrète liée aux fonds perçus n’a pu être établie à ce stade de la procédure.
Ces révélations alimentent de sérieux doutes quant à la destination réelle des fonds publics engagés.
Une question clé soulevée par la juge
Face à ces incohérences, la juge n’a pas manqué d’interpeller directement le prévenu sur la nature de ces entités :
« Doit-on considérer qu’il s’agit d’entreprises fictives ? »
Une question lourde de conséquences dans un dossier où la qualification des faits pourrait basculer vers des infractions économiques graves, notamment le détournement de fonds publics ou la fraude.
En réponse, Bolukola Chanҫard est resté prudent :
« Je préfère me référer à mes avocats », a-t-il déclaré, évitant ainsi de se prononcer sur le fond des accusations.
Un dossier sensible pour la crédibilité du FRIVAO
Cette affaire intervient dans un contexte où le FRIVAO, mécanisme destiné à indemniser les victimes des exactions liées aux conflits armés et aux activités illicites étrangères en République démocratique du Congo, est scruté de près par l’opinion publique et les partenaires internationaux.
La gestion transparente des fonds alloués à cette structure constitue un enjeu majeur pour la crédibilité des institutions congolaises et la confiance des bénéficiaires.
Renvoi de l’audience
À l’issue de cette séance marquée par de nouvelles zones d’ombre, la juridiction a décidé de renvoyer la cause au vendredi 24 avril 2026, afin de permettre la poursuite de l’instruction et, éventuellement, l’apport d’éléments complémentaires.
Les prochaines audiences devraient être déterminantes pour :
- Établir l’existence ou non de ces entreprises ;
- Identifier les éventuels bénéficiaires réels des fonds ;
- Déterminer les responsabilités pénales dans cette affaire.
Dans un pays engagé dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance, ce procès pourrait faire jurisprudence et marquer un tournant dans la reddition des comptes au sein des institutions publiques.

